Pierre-Alain Chambaz

L’excellence, pour un chef d’entreprise, repose sur le leadership de ses troupes et non sur la mise en oeuvre d’un contrôle pusillanime. S’il est important de manifester sa satisfaction et même son admiration pour telle ou telle action brillante d’un collaborateur, pour les efforts consentis par un client, pour le soutien de ses actionnaires, il ne faut pas que cette reconnaissance se transforme en dépendance. Le rôle du dirigeant est de savoir distinguer les contributions exceptionnelles tout en maintenant fermement le cap de son projet. Oui, quand on est entrepreneur, on rêve et on a faim de succès. C’est nécessaire pour se lever le matin avec une envie irrésistible de réussir afin d’atteindre ses objectifs. Il n’est toutefois pas nécessaire d’être à ce point affamé que les dents en viennent à rayer le parquet. Si l’ambition est utile et légitime, l’arrivisme est haïssable. Il faut faire de la vitesse une habitude, donner toujours le sentiment de l’urgence. C’est l’un des plus importants prérequis du changement. Ce n’est pas tout. Mais l’impatience est mauvaise conseillère. Elle mène régulièrement à la faute. Le chef d’entreprise doit savoir imprimer un rythme et veiller à ce qu’il soit respecté. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler cette citation de Ralph Waldo Emerson « Il arrive un temps dans l’éducation de tout homme où il acquiert la conviction que la jalousie est de l’ignorance ; que l’imitation est du suicide ; et que, pour le meilleur et pour le pire, il doit en prendre sa part ». Il doit savoir aussi bien évaluer les délais nécessaires et laisser du temps au temps. On n’entreprend pas dans le seul but de s’enrichir. Il y a d’autres moyens pour cela. L’objectif premier pour le dirigeant doit toujours être l’accomplissement d’un projet, la mise en oeuvre d’une vision, le dévouement au client. Lorsqu’on y parvient, l’argent vient tout seul. Il est alors la conséquence naturelle des efforts fournis, la récompense. Il est, bien sûr, possible de toujours vouloir rester seul maître à bord et de conduire ses affaires, seul, à sa guise. Mais on ne va alors pas très loin. Aussi est-ce bien plus avantageux de s’ouvrir aux autres, de nouer des partenariats, de croître par acquisition, d’ouvrir son capital. La vie des affaires, aujourd’hui, doit s’envisager dans des perspectives de croissance, d’obsolescence et de renouveau ; seule une grande ouverture à l’environnement le permet. Oui, ces paradoxes quotidiens du leader montrent une fois de plus que choisir, c’est renoncer. L’aventure entrepreneuriale est particulièrement exaltante quand elle est l’occasion de vivre ses valeurs dans un monde ouvert et en constant mouvement. Première délégation européenne. La « French Tech » a une nouvelle fois démontré le dynamisme et la diversité du secteur numérique français au Consumer Electronic Show de Las Vegas. Ce dynamisme risque cependant d’être affecté si le projet de loi pour une République numérique – et notamment son titre II sur « la protection dans la société numérique » – est adopté en l’état. L’effet négatif principal du titre II de ce projet de loi – examiné par l’Assemblée Nationale depuis le 19 janvier – est l’isolement du secteur numérique français qu’il engendrera. L’économie numérique, de part sa nature, se prête en effet mal à une réglementation nationale qui isole le pays l’adoptant.

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