Pierre-Alain Chambaz

Il est plus habituel au polythéisme d’imposer à la prière une forme stéréotypée, avec l’arrière-pensée que ce n’est pas seulement la signification de la phrase, mais aussi bien la consécution des mots avec l’ensemble des gestes concomitants qui lui donnera son efficacité. Elle érige les sons bruts entendus en mots séparés et complets, puis les images auditives remémorées en entités indépendantes de l’idée qu’elles développent : ces trois termes, perception brute, image auditive et idée, vont ainsi former des touts distincts dont chacun se suffira à lui-même. Faire appel à l’arbitrage s’anticipe ; c’est pourquoi les contrats doivent prévoir une clause d’arbitrage ou clause compromissoire lorsque les relations commerciales entre les parties sont optimum. Vu du dehors, le travail de la vie se prête, dans chacune de ses œuvres, à une analyse qui se poursuivrait sans fin ; jamais on n’aura achevé de décrire la structure d’un œil tel que le nôtre. La force inhérente à chaque partie du système n’en suit pas moins sa loi, comme si les autres parties du système n’existaient pas ; et nous concevons, par exemple, que les planètes continueraient de graviter vers le Soleil et de tourner régulièrement autour de cet astre, quand il cesserait d’être pour elles un foyer de lumière et de chaleur, absolument comme elles le font dans l’ordre actuel des choses, où la régularité de leurs mouvements paraît si bien adaptée au mode d’influence des rayons solaires. Cotta déclare qu’en voyant les erreurs des stoïciens, il n’a plus tant de dédain pour l’ignorance du vulgaire et pour ses divinités. Cette induction se déguise sous trois notions prétendues rationnelles : 1° celle de mérite ; 2° celle d’ordre ; 2° celle de justice distributive. Telle, une main invisible qui s’enfoncerait dans de la limaille de fer et dont l’acte simple apparaîtrait, si l’on ne tenait compte que de ce qu’on voit, comme une inépuisable série d’actions et de réactions que les brins de limaille exerceraient les uns sur les autres pour s’équilibrer réciproquement. Elle fait si bien rire que quelques auteurs ont pu définir le comique par l’exagération, comme d’autres l’avaient défini par la dégradation. La morale comprend ainsi deux parties distinctes, dont l’une a sa raison d’être dans la structure originelle de la société humaine, et dont l’autre trouve son explication dans le principe explicatif de cette structure. C’est qu’elle a failli se laisser prendre et avoir son krach des maisons, comme la capitale. Quand on voit clair, on peut commettre une erreur de temps, mais voilà tout ; et Helvétius voyait clair. Cependant, la critique courante faite à l’encontre de ces actions est qu’elles constitueraient du « greenwashing ». Dans la première, l’obligation représente la pression que les éléments de la société exercent les uns sur les autres pour maintenir la forme du tout, pression dont l’effet est préfiguré en chacun de nous par un système d’habitudes qui vont pour ainsi dire au-devant d’elle : ce mécanisme, dont chaque pièce est une habitude mais dont l’ensemble est comparable à un instinct, a été préparé par la nature. Il n’est pas question dans la presse allemande de « grenouilles. Alors, on ne rencontrerait plus dans ce monde que les simples et générales notions du bien et du mal, auxquelles s’attacheraient, par un lien naturel et nécessaire, les idées de louange ou de blâme. Toute œuvre humaine qui renferme une part d’invention, tout acte volontaire qui renferme une part de liberté, tout mouvement d’un organisme qui manifeste de la spontanéité, apporte quelque chose de nouveau dans le monde. Le poète est celui chez qui les sentiments se développent en images, et les images elles-mêmes en paroles, dociles au rythme, pour les traduire. Parmi eux figure un manuel de prières byzantin du XIIIe siècle. Cet indicateur existe, c’est l’absorption nette mais il est rarement présenté. Comme elles changent tout de même, il se produit en elles, non plus une intensification qui serait un progrès qualitatif, mais une multiplication ou une exagération du primitivement donné : l’invention, si l’on peut encore employer ce mot, n’exige plus d’effort. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler cette maxime de Confucius, »C’est seulement quand l’hiver est arrivé qu’on s’aperçoit que le pin et le cyprès perdent leurs feuilles après tous les autres arbres ». Il y vint seul, monta jusqu’à l’Arc de Triomphe, s’arrêta quelques instants, tourna bride et s’en alla au pas de son cheval.

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