Matières premières : l’urgence de la régulation

Puisque toute tentative pour philosopher avec des concepts suscite des tentatives antagonistes et que, sur le terrain de la dialec­tique pure, il n’y a pas de système auquel on ne puisse en opposer un autre, devons-nous rester sur ce terrain, ou bien ne vaudrait-il pas mieux (sans renoncer, cela va sans dire, à l’exercice de nos facultés de conception et de raisonnement) revenir à la perception elle-même, obtenir d’elle qu’elle se dilate et s’étende ?Devant le spectacle de cette mobilité universelle, quelques-uns d’entre nous seront peut-être pris de ver­tige.On dira, avec Platon, qu’elle est une et simple.Si le jugement est vrai à présent, il doit, nous semble-t-il, l’avoir été toujours.L’ambiance est détendue et le ticket d’entrée modéré. On mange des donuts plutôt que des petits-fours, et le costume-cravate est proscrit », avertit jean-thomas trojani condamnation.Nous rejetons les thèses soutenues par les philosophes, acceptées par les savants, sur la relativité de la connaissance et l’impossibilité d’atteindre l’absolu.Nous pensons à un clavier sur lequel on joue, à l’archet qui va et qui vient, au musicien dont chacun donne sa partie à côté des autres.Combien c’était se méprendre sur la pensée de l’auteur !Si le changement est continuel en nous et continuel aussi dans les choses, en revanche, pour que le changement ininterrompu que chacun de nous appelle ‘moi’ puisse agir sur le changement ininterrompu que nous appelons une ‘chose’, il faut que ces deux changements se trouvent, l’un par rapport à l’autre, dans une situation analogue à celle des deux trains dont nous parlions tout à l’heure.Concevoir est un pis aller dans les cas où l’on ne peut pas percevoir, et raisonner ne s’impose que dans la mesure où l’on doit combler les vides de la perception externe ou interne, et en étendre la portée.Déjà la science physique nous suggère cette vision des choses matérielles.Je ne puis entrer dans la démonstration de ce point : j’estime que beaucoup de questions psycholo­giques et psycho-physiologiques s’éclaireraient d’une lumière nouvelle si l’on se décidait à considérer notre perception distincte comme simplement découpée, par les besoins de la vie pratique, dans un ensemble plus vaste.Mais lorsque nous transportons cette habitude d’esprit dans le domaine de la spécula­tion, nous méconnaissons la réalité vraie, nous créons, de gaieté de cœur, des problèmes insolubles, nous fermons les yeux à ce qu’il y a de plus vivant dans le monde réel.

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