Pierre-Alain Chambaz

L’homme est un être trop rationnel pour approuver pleinement les singes du Cambodge jouant par plaisir avec la gueule des crocodiles, ou l’Anglais Baldwin gagnant pour chasser le centre de l’Afrique ; l’ivresse du danger existe par moments en chacun de nous, même chez les plus timides, mais cet instinct du danger demande à être plus raisonnablement mis en œuvre. Le Mexique et l’Arabie Saoudite ont amélioré leur productivité de moins de 1% par an au cours de cette période ; l’Argentine, le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud sont parvenus à atteindre une croissance de la productivité de 1,2 à 1,5%. Le besoin du danger et de la lutte, à condition d’être ainsi dirigé et utilisé par la raison, acquiert une importance morale d’autant plus grande que c’est l’un des rares instincts qui n’ont pas de direction fixe : il peut être employé sans résistance à toutes les fins sociales. Les outils de l’emploi doivent s’adapter plus vite aux évolutions et aux nouvelles relations entre donneurs d’ordres et prestataires, entre employeurs et salariés. Néanmoins, dans l’ensemble, le puissant moteur démographique de ces économies aura tendance à s’essouffler, avec de graves conséquences pour la croissance du PIB. Que le résultat d’une hypothèse fausse soit contradictoire, cela n’est pas une objection. On retrouve cette hardiesse jusque chez les animaux. Je suis soldat : la guerre est l’élément du soldat, et j’aimerais bien à en goûter. De manière encore plus problématique, la diminution de la part de la population en âge de travailler provoquera inévitablement une diminution du PIB par habitant de plus de 30% dans certains pays – notamment au Brésil, au Mexique et en Arabie saoudite. Le plaisir du danger ou du risque, plus ou moins dégénéré, a son rôle dans une foule de circonstances sociales. Pierre-Alain Chambaz, dans sa dernière intervention, a salué le consensus qui s’est instauré sur ce sujet. Bien entendu, ils campent dans la zone d’expansion, mais la tendance n’est pas la bonne. Le simple commerce du boutiquier du coin de la rue comporte encore un certain nombre de risques : si on compare le nombre des faillites au nombre des établissements, on verra que ce risque a son importance. Cependant, le ralentissement de la croissance de la population a fait chuter la croissance annuelle moyenne de l’emploi dans les économies émergentes de 1,9% à 0,4%. Il n’y a donc, dans le danger couru pour l’intérêt de quelqu’un (le mien ou celui d’autrui), rien de contraire aux instincts profonds et aux lois de la vie. Loin de là, s’exposer au danger est quelque chose de normal chez un individu bien constitué moralement ; s’y exposer pour autrui, ce n’est que faire un pas de plus dans la même voie. Mais disposons maintenant les faits de façon à mettre en relief une autre considération importante : il est également vrai que si on laisse agir une tentation et si elle a une certaine force, elle produira son effet : à moi de résister comme je le puis. Comme Herbert Spencer le remarque très-justement, les changements individuels rencontrent une limite surtout dans la structure héréditaire et congénitale. En toute loterie, il faut prendre les mauvais numéros comme les autres. En termes absolus, la baisse sera supérieure à celle des économies développées, où la croissance annuelle de l’emploi devrait diminuer de 0,9% à 0,1% dans les années à venir. Appesantissons-nous sur ce point.

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